samedi 23 avril 2016

Témoignage de Lo: guérir de l'anorexie et reprendre du poids

A une époque où les TCA sont légion et où trop de jeunes filles et de femmes vivent dans une restriction permanente, il est souvent dur d'envisager un "après". Comment accorder à nouveau une place saine à la nourriture dans sa vie et lâcher prise? Comment se pousser à augmenter ses quantités et affronter la peur de perdre le contrôle? Mon amie Lo, véritable battante, nous partage aujourd'hui son parcours avec l'anorexie mais plus que tout, sa guérison et sa reprise de poids. Entre doutes, challenges, rechutes et détermination, elle est un exemple de détermination et nous montre que les TCA, aussi insidieux soient-ils, ne sont pas une fatalité. Il y a bel et bien un "après" et une vie envisageable loin des régimes, de l'hyper contrôle et de la maladie. C'est ce qu'elle a gentiment accepté de nous partager aujourd'hui.


Une chute inattendue dans les TCA
" J'ignore si je peux facilement rentrer dans une case "TCA", je ne me sentais pas anorexique dans le sens où j'ai très rapidement pris conscience que j'étais trop maigre. Que je n'avais plus ce besoin ou cette envie de maigrir d'avantage. Je n'étais pas boulimique car je ne me suis jamais fait vomir. En fait, j'étais une fille qui avait perdu beaucoup de poids, trop de poids en voulant à la base juste éliminer 4 ou 5 kilos. Seulement j'en ai perdu 20 sans réaliser ce qui se passait, en pensant tout bêtement rééquilibrer sainement mon alimentation et en faisant beaucoup de sport." 

Très vite, la jouissance du contrôle avant l'angoisse du lâcher-prise
"J'étais grisée par ma perte de poids sur le coup mais je me suis vite retrouvée face à l'angoisse de regrossir. Quand je disais à mon entourage que j'avais perdu 20 kilos, on ne cessait de me répondre que j'allais forcément tout reprendre voire même le double. J'étais mortifiée, terrorisée à l'idée de reprendre plus. Si la perte a été très rapide (6 à 7 mois), il faut souligner que la reprise a été très longue. J'ai perdu très vite grâce à un sport intensif: des sorties de course à pieds récurrentes avec seulement une banane dans l'estomac, couplées à du renforcement musculaire intensif, de la natation également si j'avais le temps. Parfois je partais faire du vélo ou je me rendais au travail à pied. Un rythme intense, exagéré et associé à une période de stage et à un mémoire. 

Ajoutons à cela une alimentation que je pensais sous contrôle et que j'avais en réalité bien trop diminuée et on arrive à un résultat dangereux. Mon IMC était alarmant et petit à petit, je suis devenue incapable de faire du sport. Pire que tout, je ne pouvais plus profiter de mes passions, les concerts et festivals. Au début à cause du mental mais très rapidement c'est mon corps qui n'a plus suivi. Je n'arrivais plus à courir et j'en ai perdue l'envie. J'ai fini par aller chez mon médecin généraliste, sous la pression de ma mère. Une longue descente aux enfers a suivi: première prise de compléments alimentaires pour stopper la perte, autorisation de faire 30 minutes de marches maximum par jour. Néanmoins, rien n'a été imposé sur le plan alimentaire. On me disait: tu peux manger de tout, de la brioche, des barres de chocolat... Fais-toi plaisir. Mais pour moi c'était un blocage absolu."

L'importance de trouver les bons médecins
"Je n'étais pas rassurée, je n'avais pas confiance. Je voulais reprendre du poids, certes, mais j'avais peur de "mal" grossir. Je tenais à retrouver mes muscles et être performante pour la course. Après 5 mois de galère et de rendez-vous réguliers en vain, mon médecin m'a avoué ne plus savoir comment gérer la situation et m'a conseillée d'aller voir une diététicienne. Sous les conseils de mon entourage, j'ai également consulté une psychologue. Entre mon premier rendez-vous chez ma diététicienne et le début de ma reprise de poids, 7 bons mois se sont écoulés.  Des mois de lutte et d'angoisse, puis les choses se sont accélérées, enfin."

Redevenir soi-même
"Pour guérir, il faut un vrai déclic. Le mien est venu quand j'ai réalisé que je n'étais plus la vraie Lo. Je ne pouvais plus courir, je ne pouvais plus profiter du monde de la musique ou aller à des concerts. J'étais en permanence épuisée et je ne prenais plus plaisir à rien. J'étais une loque, une vraie. Je n'avais plus de force, moi la fille jadis si dynamique et bonne vivante. Je ne me reconnaissais pas et pour moi, il était inconcevable de rester dans cet état. J'avais arrêté la course avant même d'avoir atteint mon objectif du 10km de course et que j'envisageais de tenter un semi-marathon avant un vrai marathon. Mais c'était devenu impossible et c'est là que j'ai réalisé que j'avais tout gâché. Je me suis dit stop, on arrête. Maintenant, je m'en remets aux professionnels et je tente de faire confiance. Le plus difficile est là: faire confiance malgré la peur, lâcher prise." 

Accepter de l'aide et trouver sa voie
" C'est là que l'accompagnement est vraiment important. J'ai donc été entourée, en plus de ma famille, par trois professionnels du domaine médical: mon généraliste, puis une diététicienne et la psychologue. Sur les trois, il n'y a réellement que mon généraliste et ma diététicienne qui  ont su me mettre en confiance. Mais avec le généraliste, les résultats ne venaient pas. J'avais le droit de manger de tout mais je ne savais pas quoi manger. Je n'arrivais pas à être rassurée. Le combo diététicienne-psychologue a mieux fonctionné au début. Malgré tout, je n'ai pas consulté la psychologue très longtemps car je n'arrivais pas à voir l'issue de nos rendez-vous. Je ressassais les mêmes angoisses, je disais ce que j'avais à dire et je partais avec la certitude que je dirais la même chose la semaine suivante. Je ne voyais donc pas de concret à cette démarche.

Ma psychologue me conseillait également de manger tout ce qui me faisait envie, sauf que quand on est terrorisée par la nourriture, on ne l'envisage pas. De plus, les compléments n'étaient pas une solution à ses yeux or je n'avais pas vraiment le choix pour stopper la perte et entamer une reprise de poids. Finalement, je n'ai conservé qu'une seule aide extérieure: celle de ma diététicienne, qui s'est avérée vraiment utile. Je suis forte tête et j'avais en face de moi quelqu'un qui a su me secouer à plusieurs reprises. De plus, je me sentais rassurée car elle ne m'a jamais poussée à me jeter sur les choses les plus grasses et caloriques et a toujours respecté mes peurs. J'avais besoin de quelqu'un d'honnête, qui me conseille sur une alimentation équilibrée, variée et saine. Après plus d'un an de rendez-vous, elle me suit encore à l'heure actuelle et je sais qu'elle est un facteur clé dans ma guérison. Elle a su m'aider à débloquer les choses."

Le challenge de reprendre du poids
"Pour reprendre du poids, il faut commencer par accepter qu'on a du poids à prendre. Accepter qu'on est en danger. Pour moi, cela fut relativement facile car je me suis vite rendue compte que j'étais trop maigre. Mais il faut ensuite accepter de se mettre au repos et ce fut plus compliqué. C'est même certainement l'élément qui a ralenti ma prise de poids. On m'a demandé au final de ne marcher que 10 minutes maximum par jour puis de rester tranquille mais c'était pratiquement mission impossible pendant de longs mois. Je trichais, je promenais mon chien tous les jours et des fois, je me faisais des lignes droites en courant avec lui, avant de me faire griller par un voisin. Il l'a raconté à ma mère. Pourtant, j'avais ce besoin de bouger et avec du recul, je sais que c'était plus symptomatique qu'autre chose.

Je n'ai jamais réussi à vraiment arrêter de bouger, du coup les compléments alimentaires ont été très vite une béquille. A coup de boissons hyper-protéinées et hypercaloriques chaque jour. Mais ensuite, il faut apprendre, doucement, à lâcher petit-à-petit prise. On ré-intrègre progressivement les aliments qui font peur et on pose les questions qui bloquent. Et des questions, il y en a un tas, même des stupides. Mais en osant poser ces questions, on débloque des verrous. Quand j'ai commencé à reprendre mes premiers kilos, tout s'est passé assez sereinement globalement. Je ne cessais de me répéter: tu ne risques rien, tu n'es pas seule. Je ne dirais pas que ça a été facile pour autant, mais dès qu'on perçoit un bien-être général, le retour de la forme et de la force, on se sait sur la bonne voie."

Le retour à la vie: une renaissance
"La véritable acceptation est arrivée lorsque j'ai été autorisée à reprendre la course. Là j'ai enfin su pourquoi il était important que je grossisse. J'ai retrouvé cette sensation de liberté et de bien-être après le sport et je me suis dit: fonce, maintenant, tu sais pourquoi tu te bats! C'était difficile à concevoir avant, on se demande si on sentira de nouveau ce moment de légèreté mais c'est le cas. Il faut être patiente. J'ai dû prendre 6 kilos avant de vraiment sentir ce changement. Dans mon cas, la guérison physique a beaucoup aidé la guérison psychologique. Forcément, quand on arrive à retrouver sa forme, ses performances, on ne peut que se sentir mieux dans sa tête et ça m'a encouragée dans cette voie. Cela m'a donné envie de continuer à prendre du poids, de la bonne manière.

Dans l'assiette, c'est différent. Si j'avais du poids à perdre à la base, c'est parce que je mangeais mal. Du coup, il faut trouver un nouvel équilibre. Savoir faire de bons choix sans pour autant supprimer les plaisirs. J'ai eu beaucoup de doutes, beaucoup de "Est-ce que je peux? J'ai le droit?". Il y a eu différentes phases dans ma reprise de poids du point de vue nutrition. La période où la seule viande que je mangeais était de la volaille, la période où je ne mangeais plus du tout d'huile, la période sans viande du tout... J'ai fait un peu tout et n'importe quoi avant de trouver l'équilibre qui me convenait. Il m'a fallu apprendre à réintégrer des sources de bons gras et de bons sucres. Pour refaire les muscles mais aussi retrouver de la vitalité et, surtout, du plaisir! 

J'ai fondu en larmes dans un restaurant lorsque j'ai remangé un cheeseburger pour la première fois, tant j'étais pétrifiée de peur. Mais ça m'a fait prendre conscience de l'importance d'être bien entourée. D'avoir des professionnels à qui me référer. J'avais besoin d'être rassurée, guidée et je savais que si ma diététicienne me disait que je pouvais manger telle chose, alors je le ferais plus facilement. L'étape suivante fut de m'apprendre à réfléchir par moi-même et à me détacher de son accord. Ce n'est pas évident et c'est l'étape dans laquelle je suis actuellement."

Une route sinueuse mais les yeux rivés sur l'objectif
"Pendant la guérison, il y a de nombreuses étapes à passer. On prend quelques grammes puis on les reperd. J'ai fait ce yoyo pendant longtemps avant de réussir à stabiliser mes premiers kilos. C'était rude pour le mental. Je prenais, puis la semaine suivante je perdais tout. Alors forcément, on se demande ce qui bloque et au fond, on sait que c'est psychologique. Je crois que mon parcours était régi par le mot "peur". J'étais rongée par mes angoisses mais je n'ai jamais laissé tomber. Là encore, parce que j'étais soutenue et encadrée. Bien évidemment, tout le monde ne comprend pas les enjeux des TCA et ça a été la source de nombreuses disputes. Malgré tout, j'avais toujours une épaule vers qui me tourner en cas de doute, que ce soit ma famille ou mes amis.

Aujourd'hui, j'ai repris plus de 7 kilos et je suis juste pleine de vie. Je mange des quantités assez importantes aux yeux de mon entourage mais je prends du poids doucement et je le vis bien. Je mange avec plaisir et je me considère comme guérie. Dernièrement, quand je me suis pesée, j'étais déçue de n'avoir pris "que" quelques grammes, impossible à imaginer avant! Je cours désormais 2 à 3 fois par semaine, entre 4 et 7 kilomètres par sortie et je suis en pleine forme. Je garde à l'esprit que je dois y aller doucement car reconstruire des muscles est un long processus et si je force trop, je pourrais me blesser. Alors pour le moment, je continue de manger en suffisance et je cours avec modération, avec prudence. Quand je reperds un peu, je lève le pied. 

Mais maintenant que j'ai repris une vraie activité sportive, avec des objectifs de performance, je suis capable de manger tout ce dont mon corps à besoin. Je ne suis plus en danger et même si ça peut sembler étonnant, le sport a beaucoup contribué à cette guérison. Finalement, je retiendrai une seule chose: pour guérir, il faut faire confiance. Il faut accepter de s'entourer et de lâcher-prise. Il faut surtout savoir SE faire confiance et écouter son corps. Il sait ce dont il a besoin, il communique mais il faut savoir l'écouter, être réceptive. Alors oui, tout ce processus prend du temps mais on peut s'en sortir. Et la vie qui revient vaut bien cette lutte acharnée."

Et nous tous, qui t'aimons, confirmons que c'est bon de te revoir pleine de vie et prête à saisir chaque instant à fond <3

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