jeudi 10 août 2017

Interview de Simon Nogueira: freerun et monde en hauteur

J'ai eu le plaisir de rencontrer Simon Nogueira pour une petite interview haut perchée avec vue sur la tour Eiffel et le Sacré-Coeur. Connu pour son titre de champion de freerun 2013 et sa participation aux vidéos promos Assassin's Creed, il est un peu un ninja des temps modernes. Son métier? Parcourir sol, murs et toits avec l'agilité et l'aisance d'un chat mais la créativité d'un gymnaste. Une approche dérivée des Yamakasi mais avec une dimension artistique en plus. Le freerun, ce n'est pas juste bouger, c'est surtout créer. Coup d'oeil sur son parcours et les secrets de cette discipline fascinante!


Raconte-moi un peu qui tu es
"J'ai 24 ans et je viens d'une petite ville, Saint-Chéron . Je m'intéresse à beaucoup de choses mais la seule qui me fasse réellement vivre où que j'aille, c'est ma façon de percevoir le décor et de m'y incruster avec mon corps. C'est ça ma réelle passion, ce décor qui m'entoure et mes capacités. Bon  allez j'aime aussi les spaghettis mais ça ne me fait pas autant vibrer."

Les débuts en freerun, entre adolescence et insouciance
"J'ai commencé le parkour à 13 ans. Le concept avait déjà été un peu popularisé par le film des Yamakasi. Cette pratique est alors née sous le nom du "parkour" ou du "freerun" mais il a fallu une bonne dizaine d'années pour que ça émerge vraiment en France. Il n'y avait pas encore Youtube et tous les réseaux sociaux à l'époque donc dans les années 90, ce n'était que des pratiquants isolés qui s'y essayaient de leur côté. Je suis tombé sur des vidéos sur internet et j'ai eu envie d'essayer, d'autant que j'étais déjà hyperactif de base: toujours à grimper partout! 

Je n'ai donc pas eu l'impression de commencer une pratique mais de mettre enfin un nom sur ce que je faisais déjà, bouger! A l'école, j'ai fait pas mal d'aller-retours chez la directrice pour cette raison d'ailleurs. J'ai commencé sur le terrain, je me souviens du moment marquant. J'ai vu une vidéo d'un homme réalisant un wall flip, un salto arrière à l'aide d'un mur. J'ai éteint mon pc, je suis descendu de chez moi et j'ai essayé sur un arbre. Et je me suis rétamé."

La naissance d'une vocation 
"Le soir, j'étais quand-même heureux de ce semblant de salto foiré, j'ai décidé de recommencer mais de cette fois faire ça de façon plus réfléchie. J'ai d'abord perfectionné les acrobaties à ma hauteur avant de passer aux étapes supérieures. Par la suite, j'ai commencé à m'entrainer en salle. Je me suis blessé de nombreuses fois malgré tout et j'étais obligé de m'arrêter quelques temps mais je continuais à sauter sur les membres restant. Disons-le, j'ai rendu mes parents fous."

Du sol aux toits, un nouveau cap
"En débarquant à Paris avec tous ces toits et cette superbe architecture, j'ai été intrigué. Lorsqu'on y monte, on réalise que l'oppression d'en bas n'est plus là. C'est calme, serein comme dans un jardin parisien. En plus, exécuter les acrobaties au sol devient instinctif au bout d'un certain moment, on n'évolue plus. Et à force de maitriser ces exercices au sol, je me sens confiant de les maitriser en hauteur également. Désormais, venir sur les toits est un moyen de me recentrer sur moi. De reconnecter mon corps et mon esprit."

Photo: Instagram de Simon

La création d'une team: la French Freerun Family
"J'en ai rencontré plusieurs à Paris, les autres via internet. A l'origine, il y a Yoann Zephir, compétiteur à niveau mondial. Il ne se débrouillait pas en anglais et a eu l'idée de rassembler des gens pour l'accompagner sur des événements. Au début, on était simplement des amis qui se regroupaient pour exercer ensemble. Au fil du temps, ça s'est professionnalisé." 

Une reconversion atypique mais réussie
"Je suis comme tout le monde, j'ai des parents qui me poussaient à aller jusqu'au bac. Leur idée, c'était de faire de bonnes études puis faire ce qu'on veut. Je les ai d'abord suivis dans cette ambition en étudiant la vente et la communication. J'ai fait pas mal de stages en agences immobilières, plutôt intéressants mais ce n'est juste pas le bon milieu pour moi. Du coup, j'ai décidé de m'investir complètement dans ma passion et d'arrêter l'école. Dès la première année, des petites missions sont arrivées et j'étais motivé par tout projet potentiel. J'ai aussi travaillé dans certains cirques pour des spectacles ou y donner des cours. Enfin, il y a eu le championnat de France 2013 que j'ai remporté. Désormais, notre groupe a une agence qui nous place sur différents événements et contrats."

La pratique au quotidien
"J'essaie de monter tous les jours, notamment pour prendre les photos destinées à Instagram. Du coup, je m'efforce chaque jour de créer quelque-chose et partager ma vie sur les toits. Parfois, j'y vais simplement pour me poser et réfléchir, me ressourcer. 

Pour repérer les toits, c'est surtout du feeling. Le plus évident, ce sont les échafaudages. Parfois, on suit les gens entrant dans des immeubles ou alors on y va carrément par la façade. On se regroupe régulièrement le soir, on marche dans les rues et on observe. Je me sens comme un aventurier à Paris, je voyage dans Paris. Bien sûr, on effectue toujours un check du toit avant, d'autant plus avec le temps qui passe. On n'est plus aussi insouciants, on fait plus attention. Tout ce que j'effectue en hauteur, je le maitrise parfaitement au sol. J'attends vraiment de me sentir confiant dans mes nouveaux mouvements pour les réitérer sur les toits.

Photo: Instagram de Simon

Je ne fais pas de prépa physique en parallèle mais il y a deux écoles là-dessus. Yoann par exemple est adepte de la musculation pour renforcer son corps. Personnellement, je préfère ne pas me lester d'une charge, je préfère bosser en poids de corps. Je répète encore et encore jusqu'à ce que mon corps s'adapte et soit capable d'encaisser." 

Une philosophie et une paix intérieure
"Je ne le vis pas du tout comme un sport extrême, ni même comme un sport. Je ne cherche pas à me faire peur. C'est pour moi comme une continuité de l'existence, faire en sorte que mon corps serve à quelque chose. Arpenter le décor et me le réapproprier." 

Se lancer dans la pratique du freerun
"Pour quelqu'un qui démarre, il va clairement observer une modification de son corps. Ca reste une pratique exigeante pour appréhender un maximum de mouvements. Mentalement, le fait de se fixer des objectifs et de les atteindre développe une énorme confiance en soi. J'étais assez introverti auparavant, même si c'est dur à croire maintenant. Plus on commence jeune, mieux c'est. J'ai déjà donné cours à des enfants de 8 ans qui se débrouillent super bien mais il n'y a pas prescription pour s'y mettre à l'âge adulte.

On dispose d'une salle entièrement équipée à Châtelet, avec obstacles, mousses et matelas. On y enseigne toutes les bases nécessaires pendant l'année à travers des cours chaque semaine et des stages d'initiation. Rendez-vous à Centr'Halles Park pour débuter l'aventure du Freerun en toute sécurité avec nous!"

Enorme merci Simon pour ta disponibilité et ton humilité, j'étais ravie de découvrir ton univers mais aussi de tenter l'aventure d'escalader un toit. Avouons-le, j'avais un peu peur mais c'est effectivement magique de se poser au sommet de la ville et j'ai hâte d'explorer plus la pratique du freerun.

Pour tenter des cours/stages: French Freerun Academy
Son site et sa marque: http://www.simonnogueira.com/
Son Instagram
La page de la team: French Freerun Family



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